Château : le donjon

L’œil du visiteur est surtout attiré par la masse imposante du donjon – du moins de ce qu'il en reste –, qui domine la butte. Pour en apprécier ses dimensions et sa composition, il faut grimper jusqu'à la petite plateforme aménagée à son pied, en franchissant une passerelle. En fait, cet accès au donjon constitue un anachronisme évident, puisqu'au Moyen Âge un fossé et un mur d'enceinte interdisaient une telle approche, mais c'est aujourd'hui le meilleur moyen de faire connaissance avec cette tour maîtresse du château et d’admirer le paysage qui se découvre à l’ouest, paysage caractéristique du faisceau bisontin : se perçoit nettement en contrebas le Doubs qui se faufile entre deux versants abrupts jusqu’au pied de la citadelle, avant de disparaître pour former la boucle qui enserrait l’antique cité de Besançon. L’anticlinal de la citadelle barre l’horizon méridional, tandis que la ville est en partie dissimulée par l’imposant plateau de Bregille qui s’étire jusqu’aux abords de Chalèze. Juchés au sommet du donjon, les guetteurs pouvaient autrefois surveiller d’autant plus facilement la circulation dans la vallée que la végétation arbustive ne gênait pas la vue. 

 

 

 

 

Ne subsiste plus qu'un seul pan du donjon, constitué à l'origine d’une double tour, comme en témoignent les structures au sol, ainsi qu'une vue cavalière datée de 1700 et conservée à la Bibliothèque nationale, comme le confirmait l'expression populaire des " deux cornes de Montfaucon", qui soulignait cette originalité. L’intérêt de ce tableau porte sur la butte elle-même et les bâtiments qu’elle supporte et qui subsistent de nos jours.

 

 

Effectivement si l'on observe attentivement les vestiges, apparait d'abord la forme particulière de la tour subsistante, un pentagone avec cinq côtés inégaux, ou plus exactement des pans de mur qui en esquissent la forme ; à sa base le mur externe met en évidence l'utilisation de gros appareils et de pierres à bossage (témoins de son ancienneté, état A) et l'existence d'une ouverture (une autre poterne) à la finalité encore incertaine, faute de sondage. De la seconde tour ne subsiste plus que sa base rectangulaire qui se confond avec l’enceinte castrale.

En hauteur se superposent cinq niveaux : d'abord une cave, pièce voûtée équipée d'une meurtrière à l'ouest, transformée ensuite en citerne, pièce qui inévitablement, dans l'imaginaire populaire, a joué le rôle d'oubliette où l'on enfermait les prisonniers ; puis s’étageaient quatre salles séparées par un cordon de pierre, la première comportant la porte d'accès, la troisième présentant sur le côté droit une structure suggérant un manteau de cheminée ; c'est ce dernier élément qui,  joint aux observations faites au niveau du sol, suggérait l'hypothèse de deux ensembles accolées, hypothèse corroborée par la vue cavalière de 1700, montrant le squelette de deux tours, avec quelques ouvertures. Quant à l'étage supérieur, il offrait une excellente vue panoramique qui devait faciliter la tâche des guetteurs !

Quelles fonctions exactes remplissait ce donjon original, à la forme et aux dimensions si imposantes ? Silhouette visible de très loin qui symbolisait le prestige du lignage des Montbéliard-Montfaucon ? Résidence seigneuriale dont le gigantisme traduit les ambitions de leurs détenteurs, mais dont la situation et l'accès n'étaient ni aisés ni confortables ? Abritait-il vraiment les salles seigneuriales typiques, aula et camera, c'est-à-dire salle d'audience et appartement privé ? A partir du XVe siècle ne demeurent plus en permanence au château que le châtelain, un capitaine avec des hommes de garnison et quelques officiers administratifs, mais où logeaient-ils ?

Sous la passerelle qui conduit au donjon, existe un petit fossé qui ouvre sur un sentier aménagé sur le flanc occidental en chemin de ronde de la butte pour faciliter les travaux, mais actuellement obstrué (bien qu'il complète grandement notre connaissance de la butte et permette d’admirer l’ampleur des tâches de restauration).

 

 



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